Voir aussi type 135 toutes versions.

Référence du Grand Tourisme à la française avec une vitesse de pointe de 150 km/h, le modèle 135 M (20 cv) d’avant guerre est repris à partir de 1946 avec succès malgré les difficultés inhérentes aux pénuries et restrictions. Il est produit à 1155 exemplaires (nombre d’exemplaires confondus avec les modèles MS) jusqu’en 1952.  L’essentiel de la production est exportée en Belgique, Suisse, Hollande (208 sur 234 en 1946) conformément aux engagements pris auprès des autorités françaises. “Il n’est pas de châssis plus répandu à l’heure actuelle et portant une si grande variété de carrosseries luxueuses que le 135 Delahaye” note l’Action Automobile et Touristique en octobre 1946 en ouverture du salon de Paris. 

Le type 135 M est toujours vendu en châssis nu et donne lieu sous forme de berlines, coach ou cabriolets à des interprétations classiques ou osées des grands noms de la carrosserie française, qui marquent les contemporains, contribuant ainsi à l’âge d’or de cette profession d’artisans au savoir faire incomparable (selliers, tôliers, garnisseurs) et apanage du luxe automobile français. 

La calandre est identique aux modèles avant guerre mais porte l’écusson GFA (Groupement Générale Française Automobile). Courant 1948, cette calandre est remplacée comme sur les autres modèles par une calandre inspirée par Philippe Charbonneaux, “ventre de guêpe”, dérivé du modèle 175, en exécution étroite ou large.

 

 

Les éléments mécaniques sont inchangés par rapport à la configuration avant guerre, avec des versions à un carburateur (95 ch) ou trois carburateurs (115 ch). Les mises au point dépendent de la qualité des matériaux ainsi que des variations de puissance liées aux changements du rapport volumétrique en fonction de la qualité de carburant disponible. 

Sur le plan du châssis, l’élargissement des voies a été adopté et il varie selon la monte en pneumatiques.  Les roues sont à voile ajourée ou Fils Rudge en option.

Sur le plan du style, l’intégration des projecteurs dans les ailes avant, déjà amorcée en 1939, se confirme. 

Chapron, partenaire privilégié de Delahaye avec Guilloré, poursuit ses réalisations d’un classique éprouvé avec les séries de cabriolet deux places “Vedette” ou quatre places “Dandy” ou certains coupés d’un équilibre parfait en collaboration avec le styliste Carlo Delaisse. 

Les carrosseries de Guilloré sont aussi d’un grand classicisme  avec des lignes légères qui évoluent progressivement pour accompagner le style ponton qui s’impose. L’alliance de Guilloré avec Delahaye s’accompagne de productions luxueuses sous des dénominations propres: “Deauville”, “Esterel”, « Béarn », “Atlas”. 

Letourneur & Marchand lui aussi héritier d’une certaine tradition fait constamment évoluer son style pour épouser les bouleversements du design automobile de cette époque (coach panoramiques). 

Les carrosseries les plus audacieuses sont à mettre à l’actif de Figoni & Falaschi: série des sept cabriolets Narval, ou beaucoup plus sobre série des dix huit cabriolets El Glaoui ou coupés “Goutte d’eau”.

Saoutchik se dénote de ses pairs avec un style qui se veut également résolument original et reconnaissable, parfois à la limite de l’exubérance. Ses modèles coupés et roadster trustent les concours d’élégance. 

Antem privilégie les lignes sportives avec ses coach profilés et propose des innovations avec le capotage électrique dès 1946  les ailes basculantes en 1948 pour un accès plus aisé au moteur. Le coach tout métal “aéroléger” présenté au salon de Paris 1949 illustre les recherches aérodynamiques du carrossier. 

Dubos se distingue avec son coach “Gascogne” et ses berlines aux lignes tendues et sportives inspirées par Philippe Charbonneaux. 

Les modèles de Franay dont le style oscille entre classicisme et lignes audacieuses sont réputés pour leur finition et la qualité de leur sellerie.

Certaines réalisations de Pourtout, inspiré par sa collaboration avec le designer Paulin, sont aussi distinguées pour leur audace et équilibre, comme la série des six cabriolets trois places “Malmaison” de 1948 qui succède au coach « fastback » d’inspiration américaine. 

Faget Varnet propose une technique innovante qui permet l’élimination des bois grâce à des ensembles tout acier en tôle pliée, “pour une minimum de poids, un maximum de solidité, insonorisation de toutes les parties métalliques en contact”. Ses cabriolets et coach aux lignes originales s’exportent en Suisse et en Allemagne. En 1950, Faget Varnet propose un coach avec la ligne “fast back” très en vogue aux Etats Unis. 

Ces carrossiers sont rejoints en France par plusieurs confrères à la production plus confidentielle comme Vanvooren qui réalise deux coach, ainsi que par des carrossiers étrangers qui contribuent à la réputation  du modèle tels Ghia-Aigle (CH) avec un coach et un cabriolet avant gardiste, Graber (CH) dont les lignes harmonieuses intègrent progressivement le style ponton, cabriolets Langenthal (CH),  cabriolets Van den Plas (B), Sécheron (CH), Van Rijswijk (NL), Viotti (I) et Pennock (NL) qui réalise environ 150 modèles s’inspirant de Chapron pour le marché domestique des Pays-Bas ou réexportés comme imposé par la législation du pays.

 

Les lignes semi ponton  puis ponton s’imposent progressivement telles qu’illustrées par les séries de cabriolets Guilloré Esterel, Atlas puis Béarn. 

 

Pour l’hebdomadaire Nuit et Jour, en 1946, “Delahaye, en particulier, se place au premier plan des voitures de luxe, et nombreux sont les carrossiers qui ont habillé les châssis Delahaye avec un goût bien français. Ce sont des voitures qu’il nous faut exporter, car elles font honneur à l’industrie française et n’ont rien à envier à la construction étrangère, particulièrement à la construction américaine”. 

Très vite pourtant, à partir de 1949, dans une période de mutations profondes et malgré sa réputation, l’architecture générale du véhicule devient obsolète et il peut difficilement rivaliser avec la concurrence française, européenne et outre atlantique, qui s’appuie sur des modèles industriels de grandes séries robustes, aux antipodes des capacités limitées de Delahaye et des artisans carrossiers.

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